Témoignages d’utilisateurs de la GBCP depuis le 1er janvier 2016

Thierry Boutet
Consultant Formateur en Comptabilité Publique

En tant que formateur en comptabilité publique, je propose et réalise des stages sur la mise en place de la GBCP pour les établissements répondant aux critères de l’alinéa 1er de l’article 1er et la mise en application des titres 2 et 3 du décret du 7 novembre 2012.

Cette tribune est l’occasion de faire une synthèse sur le retour d’expériences, les commentaires et les impressions des nombreux stagiaires qui ont participé aux stages.

Les changements relatifs au suivi budgétaire étaient prévus depuis novembre 2012, or les systèmes d’informations et d’organisation de nombreux établissements n’ont été pris en compte qu’à partir de 2015.

Certains établissements ont préféré choisir des éditeurs « expérimentés » dans la gestion de l’instruction M9x, d’autres ont plutôt optés pour la « page blanche ». Dans les deux cas, les utilisateurs n’ont été que partiellement satisfaits. Par exemple, des agents du service financier de deux établissements n’utilisent pas leur logiciel mais doivent suivre, sur tableur, la gestion des AE-CP.

Au sujet du service facturier sous la responsabilité de l’agent comptable et préconisé par la GBCP, sa mise en place est compliquée. Généralement les agents sont parfois réticents au changement. La mise en place du contrôle interne a contraint les directions générales à réorganiser les tâches. Les agents ont le sentiment que les responsabilités associées à leur poste ont été diluées ce qui rend leur travail « moins intéressant ».

De même, les règles du contrôle interne rigidifient les tâches et augmentent le temps passé pour les exécuter, et dans certains cas, le temps d’exécution est parfois plus long qu’auparavant.

Concernant le droit constaté, les différences avec la gestion budgétaire ne sont pas faciles à déterminer et nombreux sont ceux qui ne voient pas l’intérêt ou l’utilité de cette distinction. Certains participants ne comprennent pas qu’il faille justifier les différences entre le solde budgétaire et le résultat patrimonial. Ils ont le sentiment qu’il y a beaucoup d’énergie perdue sans avoir de résultat probant.

La gestion des AE-CP n’est vraiment pas simple à comprendre : il faut prévoir un budget en AE annuelle qui a une vocation à être pluriannuelle. Des établissements ont recruté des agents des ministères, familiarisés avec la LOLF, pour mettre en place la gestion AE-CP.

En ce qui concerne les reports de crédit, ils sont systématiques en droit constaté et non automatiques en gestion budgétaire.

Cette gestion AE-CP est vue comme une gestion de « court terme », notamment avec le pilotage des tutelles des crédits de paiement, alors que les autorisations d’engagement, qui ont une vocation pluri annuelle sont vues comme des choix de moyen terme.

Le crédit de paiement est une notion nouvelle qui n’est pas facile à « digérer ». Qui doit effectuer les prévisions de trésorerie, l’ordonnateur ou le comptable ? Avec quels outils ?

L’effort pédagogique pour traduire « en langage courant » toutes ces notions nouvelles est important même pour les personnes qui ont déjà suivi des stages GBCP AE-CP.

Pour finir, de nombreux stagiaires n’arrivent pas à faire la différence entre l’impact budgétaire et l’impact comptable. Il est vrai que pour beaucoup, la comptabilité générale leur est étrangère sachant qu’ils ne l’utilisent pas ou ne la voient pas.

Pour conclure, je tiens à apporter mon témoignage d’admiration pour les agents avec lesquels j’ai pu travailler. Malgré tous les évènements liés aux contraintes budgétaires, ils sont impliqués et souhaitent vraiment que la mise en place du décret soit rapide et se fasse dans les meilleures conditions.