Les dispositifs régionaux de soutien aux entreprises des territoires

Pierre-Aymeric Dewez
Associé
EY

 

Walid Benyoussef
Directeur exécutif
EY

Quel est le paysage des dispositifs régionaux de soutien aux entreprises des territoires ?

Les dispositifs régionaux de soutien aux entreprises des territoires sont nombreux (voire dans certains cas peu coordonnés) ; parfois coûteux et ne produisent pas toujours suffisamment de résultats mesurables en termes d’investissements territoriaux et de créations d’emplois, seules mesures pertinentes in fine pour les responsables politiques et les administrés. Par ailleurs, leur articulation avec les outils de financement (privés comme publics) apparaissent perfectibles : de nombreux projets y sont ainsi insuffisamment structurés et orientés « financement » pour les rendre attractifs pour des bailleurs de fonds (investisseurs, prêteurs… privés comme publics).

Ainsi, les projets soutenus réussissent rarement le « passage à l’échelle » et l’accès au marché ; quand ils y parviennent, ils quittent souvent le territoire qui les a soutenus. Tandis que les soutiens, en amont de la chaîne de valeur, sont importants (R&D et innovation) le soutien plus en aval des projets de développement (design produit, usages, mise en production, développement commercial, investissement, etc.) est améliorable.

Pourquoi sont-ils peu efficaces ?

L’interface entre le secteur public du développement économique et le secteur du financement privé est parfois perfectible et le soutien public aux projets est peu et souvent mal coordonné avec les attentes de l’investissement privé. De nombreux acteurs publics ont ainsi développé leurs propres outils (notamment les régions) afin d’enrichir l’offre de financements disponibles pour les entreprises, sans y adosser en parallèle une action approfondie sur la mise en qualité du portefeuille de projets disponibles.

Dès lors, l’enjeu prioritaire est de mettre en place de « bons projets », structurés comme des projets d’investissements attractifs, surtout si l’on veut réaliser des effets de leviers notables avec l’investissement public et le financement privé.

Quelles sont les alternatives ?

Dans ce contexte de nouvelles initiatives, innovantes, voient le jour sur les territoires. Trois exemples peuvent être cités.

Les appels à projets du type de ceux lancés par la Métropole de Paris qui visent à promouvoir des projets urbains innovants. Il s’agit d’une procédure ad hoc de cession de charges foncières ou droits réels ayant pour objectif de favoriser l’innovation urbaine.  Cette démarche permet d’obtenir des propositions innovantes qui n’auraient pas été imaginées par les porteurs de site et de répondre aux enjeux et problématiques identifiées. Elle repose sur une procédure de cession de droits (vente, bail, division en volume) au service du territoire ; des grandes orientations programmatiques et non un programme imposé

Les plateaux d’ingénierie de projets public-privé. Plusieurs régions (dont PACA) ont développé des dispositifs visant à accélérer des projets stratégiques. Pour ce faire, celles-ci se sont organisées autour d’un « Plateau projet », associant des personnels internes et des managers expérimentés issus généralement de groupement d’experts à disposition des entreprises du territoire. Cet accompagnement opérationnel est proposé gratuitement aux porteurs de projets des lors que leur projet est jugé stratégique. La Région soutient cette action en finançant l’accompagnement réalisé. Afin d’identifier les projets qui pourraient bénéficier d’un accompagnement, un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) a été lancé faisant ainsi remonter du territoire régional les 370 projets.

Les concours lancés par l’État tel que celui confié à la Caisse des Dépôts relatif à la gestion de l’action « territoires d’Innovation – Grande Ambition » (TIGA) dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir. Cette initiative a vocation à fédérer, autour d’un projet de territoire, les pouvoirs publics locaux, les industriels, les universitaires et l’ensemble des partenaires institutionnels intéressés. L’objectif ultime est de permettre une transformation profonde d’un territoire en accompagnant et amplifiant de nouvelles dynamiques économiques.

Ces dispositifs n’ont pas été pensés et mis en place comme des dispositifs supplémentaires dans un environnement déjà pléthorique d’outils, mais comme une couche d’ingénierie agile, impliquant plus fortement le secteur privé pour accélérer l’émergence et la structuration de projets de territoire.