Finances publiques et comptabilité publique… Sens et abréviations ou perte de réalités…le constat hospitalier

Éric-Alban Giroux
Directeur de l’Institut de Cancérologie de le Loire Lucien Neuwirth

PREF, CREF, PRE, ODT, OBF, VAST, COPERMO, ARES, EPRD, PGFP, PPI, RIA, TBFEPS, SAE, GACAH, ENCC, CPOM, CAQUOS MON, RF, HAS, HOSPIDIAG, ANAP, ATIH, PMSI, ADEME, ANCRE …

Toutes ces abréviations financières hospitalières ne sont que des outils.

Des outils qui contribuent à masquer un problème bien plus général : une crise systémique qui touche l’ensemble de nos structures publiques. Elle n’est que l’une des conséquences des multiples vagues de crises financières qui ont touché la planète et notre pays, et n’est donc pas liée à une quelconque forme d’incompétence de nos organisations publiques.

Des outils qui contribuent à masquer notre réalité : les différentes lois de Finances et, pour la partie hospitalière qui est la mienne, l’Objectif national de dépenses de l’assurance maladie (ONDAM) voté par nos élus au Parlement progresse certes, mais deux fois moins vite que les dépenses qui nous sont imposées. Le résultat étant, depuis quelques années, une obligation pour les établissements publics de santé de rechercher plus d’efficience, sans s’effondrer.

Des outils qui contribuent à masquer notre devoir : innover et repenser nos organisations, nos offres de soins, nos métiers pour les faire évoluer, nous adapter à la contrainte financière certes, mais pas seulement. Hospitaliers, nous devons nous adapter aux besoins de santé, en perpétuels changements, de nos populations.

Des outils qui contribuent à masquer nos droits : le droit d’être considéré comme des professionnels de haute qualité tant morale que technique œuvrant pour maintenir en santé la population du territoire, chacun en fonction de ses compétences, de ses qualités et de son travail avant tout.

« C’est l’effet papillon » qui aura transformé les crises financières mondiales en millefeuille français d’outils de reporting et de contrôle, sans pour autant provoquer de refonte de nos modèles.

Pour le champ hospitalier et dans ces moments de grands changements où la vision est troublée voire faussée, il nous appartient de clarifier et faire savoir le « qui fait quoi, pour qui, pour combien » entre les principaux modèles d’hospitalisations français : celui public ; celui privé à but lucratif.

À bien y regarder les différences sont réelles et notre inconscient collectif le savait.

À bien y regarder le discours convenu prônant le modèle privé lucratif moins coûteux ne résiste pas à l’analyse factuelle, notamment au regard du coût journalier pour les pathologies les plus lourdes.

À bien y regarder la convergence imposée et renforcée n’est pas légitimée par le travail réalisé par les hospitaliers publics et provoque une divergence de traitement en large défaveur du modèle public.

À bien y regarder le modèle T2A (tarification à l’activité) a renforcé les inégalités en discriminant les populations. Il laisse aux seuls hôpitaux publics la cohorte grandissante de notre population vieillissante et/ou précarisée non « monétisable » et pourvoyeuse de créances irrécouvrables.

À bien y regarder, et bien… regardez.