Trésorerie et gestion publique, l’exemple de la Région Centre-Val de Loire

Benoît RochasBenoît Rochas
Directeur Général Délégué Gestion Publique et Finances Région Centre-Val de Loire
www.regioncentre-valdeloire.fr

ACP FORMATION : La Région Centre-Val de Loire a-t-elle rencontré des difficultés dans la gestion de sa trésorerie depuis le début de la crise ?

Benoît Rochas : Elle a finalement réussi à éviter les principales difficultés. En la matière, l’année 2012 a été la plus atypique. La crise de liquidités conjuguée à l’anticipation par les établissements bancaires des ratios prudentiels de Bâle III a amené les prêteurs à se détourner du marché des collectivités.

Celles qui ont lancé des consultations pour renouveler leurs lignes de trésorerie dans le courant du premier semestre 2012 ont souvent obtenu des réponses ne couvrant que partiellement leurs besoins, avec des conditions financières très dégradées en termes de marge et de commissions par rapport à la période précédant la crise. Certaines collectivités n’ont même reçu aucune réponse !

ACP FORMATION : Comment a réagi la Région Centre-Val de Loire dans ce contexte ?

Benoît Rochas : La Région Centre avait la chance de disposer de lignes de trésorerie qui couraient jusqu’à la fin de l’été. Elle disposait donc d’un peu de temps pour réagir, en espérant que la situation s’améliore progressivement.

Dans la perspective où elle ne parviendrait pas à renouveler ses lignes, même partiellement, à la fin de l’été, elle a mis place une régulation des mandats en transmettant de manière prioritaire au comptable ceux concernant les marchés. Elle a également mobilisé de manière anticipée l’emprunt long terme nouveau prévu en 2012. Ces deux actions conjuguées lui ont permis de rembourser la totalité de ses anciennes lignes le jour « J ».

ACP FORMATION : La situation a-t-elle favorablement évolué depuis ?

Benoît Rochas : Oui, le second semestre 2012 a été plus favorable que le premier, en permettant à la plupart des collectivités de renouveler leurs lignes, au moins partiellement. La Région Centre s’est inscrite dans ce mouvement, en lançant une nouvelle consultation auprès des banques. À la fin de l’année, elle avait pu renouveler ses lignes de trésorerie à hauteur de ses besoins, mais à des conditions, de marge, de commission et de souplesse d’utilisation toujours dégradées. Depuis, la situation s’est améliorée progressivement, sans toutefois offrir aux collectivités des conditions aussi favorables qu’avant 2009.

ACP FORMATION : Dans ces conditions, quelle a été l’action de la Région Centre pour réduire les coûts de gestion de sa trésorerie ?

Benoît Rochas : La Région a tout d’abord restauré son objectif de trésorerie zéro, quelque peu malmené pendant en 2012 et 2013. Au-delà des conditions de marge, elle a également veillé à retenir des offres bancaires proposant un mécanisme de commissions en adéquation avec son profil annuel de mobilisation des lignes de trésorerie (commissions d’engagement versus commissions de non-utilisation). Enfin, la Direction des Finances a profité de la décision du Président du Conseil régional de faire noter la collectivité par une agence de notation pour proposer l’émission d’un programme de billets de trésorerie.

Pour la première fois en 2014, cinq billets de trésorerie ont été émis, qui ont permis d’économiser 110 000 euros par rapport à l’utilisation de lignes « classiques ». Le programme sera étendu en 2015, en travaillant de manière étroite avec les directions à l’origine des principales dépenses, mais aussi avec le comptable public. Cette démarche pour affiner le plan de trésorerie de la Région permettra d’émettre des billets plus importants et de réaliser davantage d’économies. En 2015, la Région Centre a ainsi émis un billet de 17 M€ qui lui a coûté… 0 € !

Ces conditions sont à la fois très favorables pour les finances régionales et révélatrices de la constitution de « bulles » dans la sphère financière : elles rappellent de manière troublante les marges nulles proposées sur des emprunts long terme par certaines banques il y a quelques années, peu de temps avant que n’éclate la crise de 2009.